Hier soir j’ai retrouvé deux amis, un couple d’amis pour être précise, Véronique et Igor. Véronique est l’amie de lycée de mon frère, ils ont passé le bac ensemble et à l’époque ils étaient mes idoles. Sans blague, j’étais la plus grande fan de leur groupe. Pour rien au monde je n’aurais loupé une de leurs répétitions dans la grange aménagée en garçonnière. Ils étaient gentils avec leur petite mascotte de 8 ans, 10 ans d’écart avec son aîné ça a du bon. Après négociations, menus services et serment de garder le secret sur certaines pratiques, j’ai pu écouter seule les disques dans l’antre de la new wave. La grande aventure commençait pour l’avide « Bouchinou » Taxi Girl, Visage, Joy Division, Depeche Mode, Cure, Frankie Goes To Hollywood, Soft Cell, Marquis de Sade … c’était parti et ne s’arrêterait plus jamais. Les Grands n’avaient pas à faire à une ingrate, je remontais à la maison pour rapporter bouffe et boisson, j’étais Bouchinou la mascotte, Bouchinou l’écouteuse, Bouchinou la mateuse, muette et affamée, je n’en loupais pas une miette.
Alors depuis, sur les draps de mes nuits il y a mille visages, je fais encore des collages pour rendre ma vie moins sage. Parfois même je me passionne pour de simples étrangers. Romantique et bête, je suis à pleurer. Et tandis que Jean m’enlace avec les bras de Charles, Franck me roule des pelles façon Farid, moi je vis à l’envers, je marche de travers, sensationnaliste, romantique. Et tandis que Jean me lasse avec les vannes de Charles, Francky me roule dans la Farid, moi je vis à l’envers, je comprends tout de travers, sensationnaliste, romantique.
Nous nous sommes donnés rendez-vous à la Cantine russe. Au milieu du repas Igor à sorti un paquet de cigarettes russes. Je n’ai pas résisté à l’appel âcre de la Cosmos si proche des premières Marlboro chapardées.
Avec Igor, nous passons une bonne partie d’après-midi entre les Shashki, sorte de jeu de dames, et le sacro saint Baggamon. Faut croire qu’une certaine connivence se noue entre joueurs. On aborde des sujets que l’on n’évoquerait pas avec tout un chacun, souvent pour déconcentrer l’adversaire mais aussi par certitude que le sceau du secret lie les joueurs dilettantes, car il arrive à Igor de s’absenter pendant nos parties que je continue seule et gagne forcément. Il y a deux ans, Igor a beaucoup perdu. Ce n’est pas sans une certaine idée derrière la tête que je lance un « et toi, avec qui joues-tu au Shashki en ce moment ? ». Igor m’annonce qu’il ne joue plus au Shashki et que désormais il n’aura plus besoin d’alibi. Promesse de buveur de vodka, tant qu’il y aura des Shashki, il y aura Igor. Non, Igor en a marre des Shashki, c’est fini les conneries, depuis Côme. Conne, quelle conne ? Pas conne, Côme, accent russe de merde. Mais non, je l’aime ton accent Igor et Côme me fait rêver. Igor avait voulu pour elle une romance, une romance à Côme.
Il l’emmena en week-end prolongé, une sorte d’échappée belle, d’escapade comme dans les chansons romantiques avec des baisers et des moments de bonheur pour de faux. Pour vivre du vrai rêve en toc. Il ne pouvait rien arriver de désagréable puisque c’était la vie rêvée des clandestins avec des moulures de stuc néo-classiques. A Côme on ne mange pas on se restaure, nuance. On ne badine pas avec la triche à Côme. Longer les rues blanches, traverser cette place écrasée de lumière qui n’a plus de perspective et devient juste un halo de lumière, aveuglante.
Après le battage assourdissant de la capitale, l’aveuglement de Lestan. Les pavés sont bien plus drôles à slalomer comme sur une piste noire perchée sur des talons. Sur cette piste démentielle aux embuches multiples Igor lui offre son bras sans réfléchir elle s’appuie, elle était première étoile, il était chamois. Ils ne se demandaient rien, n’appelaient jamais demain au secours d’aujourd’hui, les tourments seront bien là demain, plus tard. Ils tenaient l’un à l’autre, alors les histoires de couple c’était pour les autres, ceux qui ont peur. Lâcher le mot amour, peut-être et encore qu’avec colère. Après tout, les autres savent-ils ce que c’est ? Pourtant ils en ont plein la bouche et encore plus le cul. Oui, les autres en ont plein le cul de leurs amours, de leurs unions, mieux vaut la déraison. Les tourments de l’amour c’est quand on perd l’être aimé, quand il manque. Quand on est là, à disposition que seuls les mots oui et OK sont lâchés est-ce l’amour ? Pas toujours, mais ça y ressemble. Vivre le bonheur mais celui d’aujourd’hui. Never mind celui de demain, demain sucks. Le bonheur se barre toujours à un moment ou l’autre alors vaut mieux en profiter.
Et ils en ont profité. Faut jamais bouder les attentions féminines, si lâches soient-elles; si intéressées soient-elles. De toute façon Igor n’en savait rien, ses paupières lourdes le protégaient des visions crues tandis qu’elle cachait son cynisme derrière ses iris marines. Il aurait aimé qu’elle parle un peu plus, qu’elle s’abandonne. Sur elle, il avait joué ses tours les plus usés, ceux dont il était sur qu’ils faisaient tilt à chaque fois. Caresses douces, tendres et longues, pénétration fougueuse profonde et agrippée … mais on ne brise pas un marbre même avec le meilleur des burins. Il ne peut que suivre les nervures, celles faites par le coeur des autres. C’était cela Mirette, un marbre qui réagit qu’au coeur, les verges ne peuvent que suivre péniblement les dessins mais ne laissent aucune nouvelle trace. C’est surement pour cela que Mirette n’avait aucun complexe à être une ingrate. Faire jouir, mais Chéri c’est la chose la plus simple du monde, émouvoir par contre, accroches-toi et pas qu’à mes hanches. Mirette était une junkie de l’amour et elle n’aimait pas Igor. Igor, je ne t’aime pas et je ne t’aimerai jamais.
Bon Igor, c’est pas tout mais on se caille là, viens on va boire un truc et puis je vais te montrer un blog, tu vas voir tu vas adorer.