J’ai eu 14 ans deux fois dans ma vie, cela fait partie des moments trés agréables. Je ne l’oublierai pas de sitôt. Je crois que j’ai quatorze anos for ever en moi, quelque part, en sourdine ou à grands cris selon le hasard des rencontres, l’autre n’étant jamais que l’écho de sa propre corde qui vibre. Dans les liaisons il n’y a pas de place pour le désamour sans désaimer, ce qui est assez étonnant mais pas choquant. Reste un attachement, comme on aime un cousin par rapport à un frère. Moins aimante mais pour autant aimable.
elle est assise dans le Chesterfield du salon, visiblement absorbée par son livre. si ses pieds reposent sur la table basse, rien dans sa posture n’indique le relâchement, elle garde la nuque raide et le dos droit. assise ou allongée, elle ne fait pas partie de ces personnes qui s’abandonnent, en rien. de loin, je devine le reflet de ses ongles manucurés sur la couverture d’un roman de la rentrée littéraire sûrement encensé par Télérama ou Lire. je me demande quel plaisir elle peut éprouver à repousser inlassablement, semaines après semaines, les petites peaux qui entourent ses ongles. décidément, ce mois de septembre s’annonce sous les pires auspices, 4 semaines et 6 fins de semaines en compagnie féminine. pas que je m’en plaigne, la présence féminine me divertit mais arrive toujours ce fatidique moment où elles sont assommantes par leurs paroles ou leur silence. j’ai fait la bien curieuse découverte que certaines femmes ont le silence soûlant, une sorte de mutisme des plus factices. ne rien dire pour paraître attentive ou profonde alors que la seule vie intérieure qui les anime consiste en l’agitation de leurs ovaires. les femmes seront toujours prises par le temps, le tic tac de leur horloge biologique qui leur fait perdre pied à défaut de la tête qu’elles auront toujours au niveau de l’abdomen, question d’humanité. pendant que la bête s’absorbe dans la lecture de son nouveau roman, je sombre dans mon ennui.
Mes illusions l’éclairent tel un orage par temps clair. Je porte le regret de ne pouvoir lui dire que depuis je vis dans l’ombre.
Sans lui, chaque jour a la saveur d’une année sans prière. Je porte le regret de ne pouvoir dire à mon père qu’il porte des oeillères.
Les liaisons sauvages des personnes turbulentes ont tendance à me mettre en joie. Voilà grosso modo ce que je me disais tandis que Faustine me racontait les tours et détours de sa liaison illégitime.
Il semblerait que Faustine et Gabriel se soient rencontrés il y a environ un an mais il est délicat de poser une chronologie tant Faustine raconte son aventure érotique avec hésitation et tact. Lors de cette rencontre, ces deux corps ont été attirés l’un par l’autre. Beaucoup y verraient une attraction désastre car Gabriel est pris dans des liens conjugaux antérieurs alors que Faustine est prise dans ceux de la passion naissante. Attraction désastre, voilà ce que l’on voit quand on s’attache trop aux faits. Attraction vitale, voilà ce que moi je vois qui m’attache aux sens, sensations, sentiments.
Donc Faustine et Gabriel baisent ensemble depuis un an. Ils baisent comme des bêtes sans calendrier et c’est merveilleux. Ils baisent comme des fous sans retenue et c’est réjouissant. Ils connaissent l’extase de la petite mort, ce qui a tendance à me réconcilier avec l’humanité : tant qu’hommes et femmes s’abandonneront aux injonctions de la chair, tout ne sera pas perdu. Ce qui est bien triste, à mon sens, c’est lorsque l’intellect et l’égo veulent régir à eux seuls la liaison parce qu’alors, celle-ci devient une ligne droite. Chacun des deux êtres a une idée bien précise de ce qu’il croit être vrai alors qu’au fond tout est en devenir.
Tout est en devenir dans les liaisons sauvages qui se vivent en pointillés. C’est ce qui en fait le merveilleux car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et l’on n’est pas à l’abri de trouver un sentiment dans cette fougue des corps. Enfin, si on a la chance de s’abandonner à l’autre et donc à soi-même. Les corps s’abandonnent, jouissent. Le flux sanguin et l’influx nerveux relient le cul, le cœur et le cerveau et parfois magie, c’est l’harmonie. Mais cela on ne peut pas le savoir à l’avance, cela se découvre en effet avec le temps. Et cela n’arrive pas avec tout le monde. Il parait qu’il n’y a pas de hasard mais tout de même, dans la rencontre de ces deux êtres là, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a une part d’inexplicable.
Je ne retiens pas que le cul dans la liaison sauvage de Faustine et Gabriel, même si il y tient une place importante. Je n’y vois pas le trio pathétique le mari, la femme et l’autre. Tant que Faustine m’en parlera avec la virulence de son sexe, la fougue de son cœur et l’humour de sa cervelle, je me réjouirai. Tant qu’elle me racontera comment ils se besognent avec tendresse, le désamour ne viendra pas sonner le glas de cette relation illégitime. N’en déplaise aux pisse-froids, il peut y avoir de l’harmonie et de la tendresse dans les liaisons sauvages.
« J’aime bien ton blog mais je ne comprends pas toujours, en fait c’est peut-être de la merde ». Partant de cette phrase, un billet elliptique sur mon blog elliptique.
I-phone
Ou comment je regrette parfois de me confier à des personnes qui me sont pourtant très chères lors de conversations téléphoniques.
- T’es conne, pourquoi tu ne lui a pas écrit avec ton mail perso ?
- Mais bien sur, « salut, je suis contente que le montage photo t’ait amusé. Au fait, tu te souviens on a baisé il y a 10 ans. » Si je peux m’épargner le syndrome vieille groupie.
- D’après ce que j’ai cru comprendre c’était un peu plus qu’un plan cul. Mais comment veux-tu qu’il fasse le lien avec toi ?
- Justement, il ne le fait pas et c’est très bien comme ça. J’aurais jamais dû te parler de cette histoire, maintenant tu vas me saouler avec ça.
- En fait t’as peur, comme d’habitude.
- Oui, c’est ça, j’ai peur et je t’emmerde.
- On bouffe toujours ensemble ce soir ?
- Ouais.
A-phone
Ou comment je ronchonne toute seule dans mon coin après et peste contre ma façon de faire en deux temps.
Je devrais suivre mon premier instinct, me taire. Qu’est-ce que j’ai été lui raconter cette histoire, mais bâillonnez-moi. C’est toujours pareil, le premier réflexe ne rien dire, rester en retrait, surement par crainte. Et vas savoir pourquoi, je me sens en confiance et me dis que finalement ça n’est pas bien grave. Et blablablablablabla. Et au détour d’une conversation, ça ne manque jamais, ça revient sur la tapis. Et patati et patata et patati et patata.
Περσε-phone
Ou pourquoi il existe des personnes que tu rencontres pour la première fois et avec lesquelles tu n’as pas besoin de faire un exposé circonstancié des faits.
Pourtant il existe des personnes avec lesquelles il n’est pas nécessaire d’être vulgairement explicite. Des conversations pendant lesquelles il n’est nul besoin de barbouiller la toile de fond de couleurs criardes mais parler plutôt de ce qui compte vraiment. Des personnes pour lesquelles les faits ont moins d’importance que les sentiments qui les animent et les émotions qui s’en dégagent. Et si certaines personnes étaient vraies.
Hygia-phone
Ou pourquoi je fais le choix de l’ellipse.
Lorsqu’il s’agit de parler de l’intime, je suis elliptique, laisse deviner plus qu’affirmer car je préfère encore les pointillers aux lignes droites. Peut-être un jour il en sera autrement. Certains terminent leurs phrases de trois petits points, moi je préfère l’ellipse. Mais quoique nous choisissions, n’y voyons pas de mauvaise intentions mais plutôt une pudeur, un choix esthétique, une nature humaine. Je ne dis pas tout parce que ma nature est laide et belle. Je me laisse deviner pour chacun que garde sa liberté de choisir entre ce qu’il y a de beau et de laid.