Sept nuits à chercher la peine, à attendre les larmes. Ça ne vient pas. Mon corps est sec, la douleur se nourrit de fluide. Je suis aride de partout même après l’eau de Cologne ingurgitée pour faire passer les relents de mon ventre arrondi par trop de frites molles et grasses. Tu as emporté la magie des larmes avec toi. Pleurer ton absence, C’est ce que je voudrais mais je ne suis qu’une piètre veuve.

Je vais prendre le train vers les plages laides, peut-être que là-bas je trouverais les larmes des vieux jours. Surement, que tu n’y comprends rien, les cadavres ne voient pas ces choses-là. Je piquerai des sprints sur les plages laides, les yeux grands ouverts face au vent pour recueillir du sable dans mes yeux, alors peut-être que là-bas j’arriverais à pleurer l’odeur de tes baisers avinés.

Mon cœur est un foie de veau, il a tout pris du veau, c’est pour cela que je ne peux pas pleurer comme un veau. J’attends les larmes, le deuil est un marathon et je ne suis qu’une sprinteuse, à peine un reniflement. J’enfonce un doigt dans ma narine à l’arrière du taxi déglingué qui me mène à la gare. Constat amère : sèche. Peut-être que si une rock star me masturbait la narine arriverais-je à produire une coulée de morve ?

Je fornose mon stirule de train au contrôleur qui le ganule d’un coup sec « cloc ». J’aurais aimé pouvoir mourir d’un coup de ganulier dans le crâne « cloc » et frotter ma vie à ton cadavre. Te rejoindre dans l’au-delà comme une super héroïne mais je n’ai pas de larmes, je ne suis même pas une petite amoureuse, à peine un souvenir. Dans le train, je manipule un couteau en plastique face auquel la peau de mes poignets présente une étonnante résistance. Tout au plus, j’arrive à produire de minuscules gouttes de sang qui perlent mais de larmes sur les joues pas de traces. Mes poignets ne pleurent pas, en revanche, dans les toilettes, je constate que ma culotte hello kitty est souillée de leucorrhées, des albicans m’habitent encore mais cela ne me console pas.

Cette plage est vraiment laide, ce vent est vraiment fort, courir je n’ai vraiment pas envie, de frites écossaises je vais me gaver et vomir du vin je vais essayer car vraiment tout cela est trop laid. Je n’ai vraiment pas le deuil classe, je n’ai même pas lâché une larme, non vraiment Spermy de Spermito ne méritait pas cela.

This entry was posted on Mercredi, novembre 25th, 2009 at 10:33 and is filed under Le nombril du web. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.

4 Responses to “Les plages laides”

Noug

Je lis ton blog depuis quelques semaines. Il est très troublant mais j’aime énormément ce que tu écrit. Aujourd’hui c’est très triste. Et moi je suis plutôt quelqu’un de gai. Mais je suis vraiment interpellée par ce que tu dis (ne dis pas). En tout cas j’apprécie ton écriture : le mot juste à chaque fois pour décrire exactement l’inverse de ce à quoi on s’attend.
Tellement troublant…

abs

hahaha ! Génial.

(et super la classe bien écrit)

Fremen

Nahimage, l’écrit comme un Jim Morrison qu’aurait suavement dégusté un sundae caramel sur la tombe d’Isidore Ducasse*. Il y a dans cette trinité triviale un grand nombre de ces petits détails qui me rendent la vie supportable. C’est dire. Dire si ce texte là respire, ‘Dieu oui ! vive Jim, vive Lautréamont, vive Mac Do (il y a des paradoxes qui tuent, parfois). Elle a des sonorités, des onomatopées, qui me feraient voyager en Grande Garabagne. Elle me redonne le goût d’écrire, avec cette sourde mélancolie. Nahï, Nay, Nevertheless…

C’est étrange, comme en y pensant de suite, ces infimes palpitations cardiaques superficielles font résonner l’ épiderme au niveau du poumon gauche, comme de petits arcs électriques, mouvements réflexes désordonnés. Arythmie, ça ressemble au malaise vagal, au début juste. Problablement le second effet Kiss Cool de la lecture.

(*beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces; ou encore, comme l’incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la région cervicale postérieure…/… et surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie)

Turulillo

Bonjour Nahimage,

Comme j’allais voir si le blog de Spermito avait été remis à jour, je me suis rendu compte qu’il redirigeait vers un site membre d’un groupe de média catho.
Puis son profil Facebook et son compte Twitter qui disparaissent….tout cela m’a paru suspect.
Enfin je suis arrivé sur ton site, et là j’ai compris.
J’ai relu quelques uns de ces ses billets grace à la fonction En cache de Google, comme Requiem, qui se révèle prémonitoire.
C’est dommage que tous ces billets disparaissent peu à peu.

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