Il a très vite appris à faire le beau pour obtenir ce qu’il veut. Une mère aura suffi à lui apprendre à se tenir bien droit sur ses pattes arrière, à japper, à exécuter un petit tour sur lui-même là où la plupart des hommes usent habituellement une mère et deux épouses. Point de divorce, il ne possède ni femme ni enfants, on a suffisamment à faire avec soi-même dans la vie, à quoi bon s’encombrer des soucis des autres ? Qui plus est lorsque l’autre est une femme, et pire encore jeune, de celles qui ont la fâcheuse habitude de vouloir donner un sens à leur vie là où la vie n’a qu’un sens qui va de la maternité au cimetière, le reste n’est que littérature de gare. Sachant plaire autant que déplaire, son père lui a appris comment montrer les dents, grogner, faire face à la menace d’un coup de ceinture ou tout autre objet fendant l’air pourvu qu’il finisse son vol sur sa belle gueule de mioche buté. Lorsqu’on voyait ce trio descendre la Grande Rue, on ne pouvait que se demander comment deux individus si communs avaient pu engendrer un si adorable garçonnet, comme si Mamie Nova et Père Dodu avait donné naissance à Pierrot Gourmand. Mais ce dressage en duo, au père la gifle qui renforce le caractère, à la mère le chantage affectif qui affermit le cœur, ne pouvait suffire à lui faire affronter sereinement le destin des Pierrot Gourmand qui deviennent par la force des ans et à leur tour des Pères Dodus. Ce matin, alors qu’il remonte les trois étages de l’escalier qui le mène à son appartement, essoufflé, encombré des trois kilos pris pendant l’été, il se dit que vraiment, il faut qu’il se remette au jogging. Ce n’est pas beau de vieillir même quand on sait faire le beau comme un chien de cirque.