novembre 3rd, 2010

Pour te plaire, je serai serveuse dans un Buffalo Grill de la zone commerciale nord de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les outrages d’un labeur physique qui ne sollicite aucun neurone mais requiert un sourire constant et procure la satisfaction du travail bien fait. Je servirai comme je t’aimerai, avec stupidité et résignation. A travail de bœuf, vie de bœuf du personnel ouvrier. Tu pourras tout demander à celle qui trépigne entre tables et cuisine sur le carrelage rouge du Buffalo Grill mais qui garde le sourire à chaque caresse.

Pour te plaire, je serai vendeuse dans un Zara de la rue piétonne de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les conséquences irréversibles d’un lavage de cerveau dû à la fréquentation d’une population exclusivement féminine, clientes et employées. Mes bibles seront désormais Grazzia, Biba et Téva. Mes humeurs seront fonction de mon cycle hormonal. Mes préoccupations porteront le nom d’horaires, RTT, crise de la trentaine, maternité. Je serai une femme malheureuse de ne pas être heureuse mais tu pourras tout demander à celle qui simule le bonheur de peur de perdre sa niche et sa gamelle.

Pour te plaire, je serai chargée de clientèle au Crédit Mutuel du Passage du Temps Perdu de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les affres d’une activité commerciale, ne supportant plus le contact avec des clients il me faudra tout de même vendre des produits de banques assurances. Grisée d’avoir lu les conditions générales de ventes et agent de maîtrise, j’aurai un avis sur la crise et les dates de valeur. A mesure que mon cul élargira mes jupes rétréciront, on ne prend jamais assez de précautions face aux risques de plan de sauvegarde de l’emploi. J’aspirerai au bonheur mais ayant compris qu’il n’est pas de ce monde j’aurai un peu trop oublié la contraception. Avec deux enfants, mieux vaut rester chez soi et s’occuper des siens. Tu pourras tout demander à celle qui a changé la laisse du travail salarié pour celle du travail domestique.

Pour te plaire je serai une chienne, une Barzoï de race dans ce jardin d’une rue pavillonnaire de cette ville de province où l’avenir se conjugue au présent. Je serai heureuse de ton lever, de ton coucher. J’attendrai ma gamelle, jouerai à tous tes jeux, me prêterai à toutes les simagrées qu’impliquera ma condition d’animal domestique. La satisfaction de mon maître sera ma destinée. Comme tout animal, je n’aurai de cesse que de m’échapper pour que tu partes à ma recherche, fuis moi je te suis, suis moi je te fuis. Comme toute femelle, je réglerai mes comptes en sournoise en prenant un plaisir malsain à pisser partout, à déchiqueter les chaussures quand tu rentreras tard et accompagné. Après les remontrances et les coups, je me terrerai sous le meuble le plus bas et ferai mes yeux de chienne malheureuse, jusqu’à la prochaine caresse, jusqu’à ta prochaine incartade, jusqu’à la prochaine remontrance. Tu pourras tout demander à la chienne qui veille sur ton sommeil.

Ne jamais sous-estimer sa propre faiblesse, et rester vigilant. Pour plaire à quelqu’un on en arrive parfois à se nier, ce qui est, convenons-en, du plus mauvais goût.

octobre 12th, 2010

Il a très vite appris à faire le beau pour obtenir ce qu’il veut. Une mère aura suffi à lui apprendre à se tenir bien droit sur ses pattes arrière, à japper, à exécuter un petit tour sur lui-même là où la plupart des hommes usent habituellement une mère et deux épouses. Point de divorce, il ne possède ni femme ni enfants, on a suffisamment à faire avec soi-même dans la vie, à quoi bon s’encombrer des soucis des autres ? Qui plus est lorsque l’autre est une femme, et pire encore jeune, de celles qui ont la fâcheuse habitude de vouloir donner un sens à leur vie là où la vie n’a qu’un sens qui va de la maternité au cimetière, le reste n’est que littérature de gare. Sachant plaire autant que déplaire, son père lui a appris comment montrer les dents, grogner, faire face à la menace d’un coup de ceinture ou tout autre objet fendant l’air pourvu qu’il finisse son vol sur sa belle gueule de mioche buté. Lorsqu’on voyait ce trio descendre la Grande Rue, on ne pouvait que se demander comment deux individus si communs avaient pu engendrer un si adorable garçonnet, comme si Mamie Nova et Père Dodu avait donné naissance à Pierrot Gourmand. Mais ce dressage en duo, au père la gifle qui renforce le caractère, à la mère le chantage affectif qui affermit le cœur, ne pouvait suffire à lui faire affronter sereinement le destin des Pierrot Gourmand qui deviennent par la force des ans et à leur tour des Pères Dodus. Ce matin, alors qu’il remonte les trois étages de l’escalier qui le mène à son appartement, essoufflé, encombré des trois kilos pris pendant l’été, il se dit que vraiment, il faut qu’il se remette au jogging. Ce n’est pas beau de vieillir même quand on sait faire le beau comme un chien de cirque.

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septembre 21st, 2010

Le pliage approximatif trois par trois réalisé par une employée paki de Prop’Express laisse présagé une destination peu glorieuse à cette serviette de toilette blanche comprimée dans un emballage plastique transparent. Peu importe les aléas de la tournée de livraison, elle termine dans la buanderie d’un de ces hôtels de passage qui entourent les gares des grandes villes. Eponger des visages dont les langues balancent des mots crus, dont les gorges ne conjuguent plus le verbe aimer, dont les lèvres se posent sur les bords des verres faute de lèvres, la serviette de toilette du Terminus Nord est en coton mélangé de basse qualité. Usée, souillée, élimée, même pas destinée à être recyclée, elle n’aura pas la fin des serviettes à usage unique de wc des bars lounge qui une fois imbibée d’eau savonneuse finissent dans une poubelle au design. Ce qui dure serait meilleur que l’éphémère, question de point de vue.

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septembre 17th, 2010

C’est l’histoire d’une gamine, qui un jour en était à bout.
Elle prit alors une carabine car elle ne savait pas donner des coups.
Pour une énième histoire de canine, résolue elle le mit en joue.
Les petites balles de chevrotine firent une myriade de petits trous.
Désormais, elle se sait assassine, fait partie du monde des fous.

juin 28th, 2010

Un baiser sur la nuque me rappelle à l’ordre. Sur le chemin, j’ai oublié de téléphoner, tête en l’air. Je ne sais pas dupliquer, toute à la fête, pas terre à terre.

Ce n’est pas grand-chose que de tout vouloir, seuls ceux qui ont le cœur en rage y prétendent avant que ne vienne la grande fatigue. Naître à soi-même par un autre. Il fallait bien tout ce miel pour adoucir les tourments.

Je suis coupable de craindre que le feu s’éteigne, qu’une main ferme tes paupières. Assoupie par terre, mon ronron veillera sur ton petit sommeil tandis que le tien maintient ma vigilance en alerte. Rèche et brutal tu te fais appel à la douceur.