décembre 15th, 2009

Quand tu venais me voir, quand je venais chez toi, c’était un il était une fois.

Je demandais une perle de toi aux lobes de mes oreilles. La plus douce des nacres à mon goût, celle qui réclame la dévotion des bouches, la prière des langues et l’offrande des gorges. En génuflexion je prie celui que tu n’es pas, j’adore une idole qui est dents et mâchoire. Mords-moi.

A nouveau une marque à l’oreille, pourquoi changer les pareils quand ils font merveille. Je me fous des calendriers, pourquoi vouloir se diriger quand on ne veut rien demander. Rien demander mais vouloir tout et pour cela être prête à dire oui à un fou. Pendant la trêve des confiseurs, peut-être que mon cœur battra avec cette étonnante ardeur.

Quand tu viendras me voir, quand je viendrai chez toi, ce sera une nouvelle fois.

décembre 7th, 2009

Amoureuse, il m’arrive de lui dire je t’aime, mais jamais en rimes.

Tu m’as fait danser hier
Sur une chanson de Mark Everett
Tes soucis font place au sourire
La douceur s’invite dans l’air

Je baptise un amour
D’un clignement de l’œil
Tu ne vois que l’étreinte
De notre vie discrète, secrète

Nos pas glissent, nos corps filent sur la piste
Les étoiles s’éteignent pour le feu d’artifice
Moi je laisse les projets, « je ne sais pas »
Pour un tour de danse dans les draps
Oh comme je t’aime quand tu te défiles
C’est notre vie discrète, secrète

J’oublie les recettes toutes faites
Des vies rangées avec étiquettes
De ce renoncement il ne reste
Que les souffles aux coeurs

Je baptise un amour
D’un clignement de l’œil
Tu ne vois que l’étreinte
De notre vie discrète, secrète

novembre 25th, 2009

Sept nuits à chercher la peine, à attendre les larmes. Ça ne vient pas. Mon corps est sec, la douleur se nourrit de fluide. Je suis aride de partout même après l’eau de Cologne ingurgitée pour faire passer les relents de mon ventre arrondi par trop de frites molles et grasses. Tu as emporté la magie des larmes avec toi. Pleurer ton absence, C’est ce que je voudrais mais je ne suis qu’une piètre veuve.

Je vais prendre le train vers les plages laides, peut-être que là-bas je trouverais les larmes des vieux jours. Surement, que tu n’y comprends rien, les cadavres ne voient pas ces choses-là. Je piquerai des sprints sur les plages laides, les yeux grands ouverts face au vent pour recueillir du sable dans mes yeux, alors peut-être que là-bas j’arriverais à pleurer l’odeur de tes baisers avinés.

Mon cœur est un foie de veau, il a tout pris du veau, c’est pour cela que je ne peux pas pleurer comme un veau. J’attends les larmes, le deuil est un marathon et je ne suis qu’une sprinteuse, à peine un reniflement. J’enfonce un doigt dans ma narine à l’arrière du taxi déglingué qui me mène à la gare. Constat amère : sèche. Peut-être que si une rock star me masturbait la narine arriverais-je à produire une coulée de morve ?

Je fornose mon stirule de train au contrôleur qui le ganule d’un coup sec « cloc ». J’aurais aimé pouvoir mourir d’un coup de ganulier dans le crâne « cloc » et frotter ma vie à ton cadavre. Te rejoindre dans l’au-delà comme une super héroïne mais je n’ai pas de larmes, je ne suis même pas une petite amoureuse, à peine un souvenir. Dans le train, je manipule un couteau en plastique face auquel la peau de mes poignets présente une étonnante résistance. Tout au plus, j’arrive à produire de minuscules gouttes de sang qui perlent mais de larmes sur les joues pas de traces. Mes poignets ne pleurent pas, en revanche, dans les toilettes, je constate que ma culotte hello kitty est souillée de leucorrhées, des albicans m’habitent encore mais cela ne me console pas.

Cette plage est vraiment laide, ce vent est vraiment fort, courir je n’ai vraiment pas envie, de frites écossaises je vais me gaver et vomir du vin je vais essayer car vraiment tout cela est trop laid. Je n’ai vraiment pas le deuil classe, je n’ai même pas lâché une larme, non vraiment Spermy de Spermito ne méritait pas cela.

novembre 13th, 2009

La valse des cons qui tournent en rond, la valse des cons qui vont gagner des ronds.

Tu te lèves au petit matin, le café avalé, douché de frais, rasé de près, bien désodorisé, tu t’enfonces dans une bouche mais pas celle que tu voudrais.

Les stations défilent, les correspondances, les escaliers, tu te fais bouler pour arriver enfin dans un super quartier, buildings de verre à l’hégémonie glacée.

Tu souris, t’es gentil, tu dis « comment ça va ? », tu lis tes mails, règles les problèmes, remplis ton agenda, dans une grande boîte tu travailles, dans une petite tu finiras.

Que se soit la vente, la banque, la communication, la distribution, la production et même la création, c’est toujours la même chanson, t’empiles des jours au goût de coton.

Une journée se termine, tu rentres dans ton quartier, t’as tes habitudes, ton café préféré, les amis de connerie se tiennent compagnie parfois jusque dans leur lit.

La valse des cons qui tournent en rond, la valse des cons qui ne valent pas un rond.

novembre 3rd, 2009

Pour te plaire, je serai serveuse dans un Buffalo Grill de la zone commerciale nord de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les outrages d’un labeur physique qui ne sollicite aucun neurone mais requiert un sourire constant et procure la satisfaction du travail bien fait. Je servirai comme je t’aimerai, avec stupidité et résignation. A travail de bœuf, vie de bœuf du personnel ouvrier. Tu pourras tout demander à celle qui trépigne entre tables et cuisine sur le carrelage rouge du Buffalo Grill mais qui garde le sourire à chaque caresse.

Pour te plaire, je serai vendeuse dans un Zara de la rue piétonne de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les conséquences irréversibles d’un lavage de cerveau dû à la fréquentation d’une population exclusivement féminine, clientes et employées. Mes bibles seront désormais Grazzia, Biba et Téva. Mes humeurs seront fonction de mon cycle hormonal. Mes préoccupations porteront le nom d’horaires, RTT, crise de la trentaine, maternité. Je serai une femme malheureuse de ne pas être heureuse mais tu pourras tout demander à celle qui simule le bonheur de peur de perdre sa niche et sa gamelle.

Pour te plaire, je serai chargée de clientèle au Crédit Mutuel du Passage du Temps Perdu de cette ville moyenne de province où l’avenir se conjugue au conditionnel passé. J’y subirai les affres d’une activité commerciale, ne supportant plus le contact avec des clients il me faudra tout de même vendre des produits de banques assurances. Grisée d’avoir lu les conditions générales de ventes et agent de maîtrise, j’aurai un avis sur la crise et les dates de valeur. A mesure que mon cul élargira mes jupes rétréciront, on ne prend jamais assez de précautions face aux risques de plan de sauvegarde de l’emploi. J’aspirerai au bonheur mais ayant compris qu’il n’est pas de ce monde j’aurai un peu trop oublié la contraception. Avec deux enfants, mieux vaut rester chez soi et s’occuper des siens. Tu pourras tout demander à celle qui a changé la laisse du travail salarié pour celle du travail domestique.

Pour te plaire je serai une chienne, une Barzoï de race dans ce jardin d’une rue pavillonnaire de cette ville de province où l’avenir se conjugue au présent. Je serai heureuse de ton lever, de ton coucher. J’attendrai ma gamelle, jouerai à tous tes jeux, me prêterai à toutes les simagrées qu’impliquera ma condition d’animal domestique. La satisfaction de mon maître sera ma destinée. Comme tout animal, je n’aurai de cesse que de m’échapper pour que tu partes à ma recherche, fuis moi je te suis, suis moi je te fuis. Comme toute femelle, je réglerai mes comptes en sournoise en prenant un plaisir malsain à pisser partout, à déchiqueter les chaussures quand tu rentreras tard et accompagné. Après les remontrances et les coups, je me terrerai sous le meuble le plus bas et ferai mes yeux de chienne malheureuse, jusqu’à la prochaine caresse, jusqu’à ta prochaine incartade, jusqu’à la prochaine remontrance. Tu pourras tout demander à la chienne qui veille sur ton sommeil.

Ne jamais sous-estimer sa propre faiblesse, et rester vigilant. Pour plaire à quelqu’un on en arrive parfois à se nier, ce qui est, convenons-en, du plus mauvais goût.

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